Belgique

Atelier 8 : Les cultures (partie3)

Le respect des cultures : Les autres c’est qui?

Au Moyen-âge, était étranger celui qui habitait dans le village d’à côté. Les gens pour se protéger vivaient dans des villes fortifiées entourées de lourdes murailles et de donjons. Les choses ont bien changé depuis.
Le monde entier nous est accessible, visible au travers des médias. Ces moyens techniques nous ont permis de multiplier les échanges, de créer des liens, d’ouvrir le pont-levis de nos châteaux forts pour aller à la découverte d’autres…De nombreuses migrations nous ont obligés à vivre dans la présence des autres.
Mais que signifie ce concept du « vivre ensemble » ? Si j’habite un immeuble de cinq étages et que je côtoie quatre autres locataires, cela signifie-t-il que nous vivons ensemble ? Pour certains, fermer la porte de son appartement s’apparente à s’enfermer dans son château fort ! D’autant plus si les voisins sont d’autres
origines, d’autres couleurs, d’autres cultures !
Vivre ensemble, chacun cloîtré dans sa casemate ne représente pas un réel progrès dans les liens que je tisse avec l’autre ! L’Europe rassemble X millions d’Européens…des Belges, des Espagnols, des Portugais… x nationalités formant un grand ensemble. Or, avons-nous le sentiment de faire partie d’un tout ou d’une partie de cet ensemble ? Vivons-nous ensemble ? Quels liens unissent les Belges, les Espagnols, les Portugais ? Quels contacts avons-nous avec les membres de cette communauté d’une autre nationalité (si ce n’est des contacts de vacances) ? Quel est ce « nous » que nous évoquons quand nous parlons des Européens ? Eux, les Espagnols, eux, les Portugais, Nous tous les Européens ? Très souvent, nous mettons en évidence, non pas ce qui nous rassemble, mais bien ce qui nous différencie ! Trop souvent, on accuse l’autre d’être différent…de là à le rejeter, voire le supprimer, il n’y a qu’un pas ! Or, je suis moi à cause des autres, grâce aux autres. Je ne puis me forger une identité sans les autres, sans cette altérité bénéfique ! Mais pour passer du « Moi », du « Eux » à « Nous », un travail est nécessaire. Celui-ci commence par l’idée que « Nous est un cadeau des Autres » comme le disait François Housset et qu’à l’aide des Autres, grâce à Eux, il est possible de construire un monde meilleur !

Qu’est-ce que le projet Spilia?

En 2016, l’Unesco a approuvé la création de la première Chaire mondiale de philosophie avec les enfants. Son enjeu est de favoriser le dialogue entre citoyens du monde, la compréhension mutuelle de chaque culture, dans un objectif de paix.

Les compétences sociales et civiques ne sont pas souvent développées par l’école et sont pourtant essentielles dans l’apprentissage. L’objectif des ateliers de « discussion à visée philosophique » (DVP) est de développer ces compétences chez les enfants en exerçant leur regard critique et en valorisant le dialogue et la liberté d’expression sur des thèmes liés à la citoyenneté et aux valeurs humanistes, dans un cadre respectueux et bienveillant. Les ateliers donnent du sens aux apprentissages car ils créent des liens entre les enfants, ce qui engendre chez eux une véritable motivation.

Mettre le projet européen et son patrimoine culturel au centre des ateliers de discussion à visée philosophique nous semble primordial. Les réalités redessinées par les crises de cette dernière décennie dans bon nombre de secteurs profitent aux mouvements nationalistes et séparatistes dont les messages populistes et les valeurs mettent en péril l’unité européenne. L’analyse des compétences et des enjeux de l’Union est donc notre point de départ pour que nos futurs citoyens s’approprient le projet européen et en deviennent des acteurs motivés et responsables.

Aborder l’Europe au travers des valeurs universelles qui la fondent nous permettra de la redéfinir avec les jeunes participants, de leur faire prendre conscience des défis d’aujourd’hui et de demain et, pourquoi pas, de développer une identité européenne qui reste pour beaucoup une utopie. Les ateliers DVP créeront des situations d’apprentissage favorisant l’acquisition d’outils intellectuels nécessaires aux élèves pour saisir ces enjeux et se les approprier.

Il s’agit concrètement d’apprendre à philosopher, à maîtriser un processus de pensée, à acquérir la capacité d’argumentation, la présentation d’un point de vue, à analyser et conceptualiser. Les ateliers DVP mobiliseront ces compétences pour en faire émerger de nouvelles, indispensables dans un contexte scolaire:

  • La « problématisation » qui consiste principalement à poser un problème de manière méthodique et structurée, à remettre en question ses opinions et certitudes et mettre en exergue la complexité d’un concept et ses notions.
  • La « conceptualisation » qui permet d’élever au niveau de concept des pratiques empiriques et de construire une définition par un processus de réflexion structurée.
  • L’ « argumentation » qui est l’art de justifier rationnellement une affirmation, mais également de proposer des objections en choisissant les mots justes pour traduire sa pensée.

Michel Tozzi, philosophe français de référence dans l’animation de discussions à visée philosophique avec les enfants, propose une définition de « philosopher » qui traduit cette démarche :

« Philosopher, c’est tenter d’articuler, sur des questions sensibles pour la condition humaine, dans un rapport d’authenticité au sens et à la vérité, des processus intellectuels d’interrogation (problématisation de questions, d’affirmations et de notions); de conceptualisation de notions et de distinctions conceptuelles; d’argumentation rationnelle de thèses et d’objections en réponse à ces questions ».

Cette définition valorise exclusivement la partie intellectuelle de « philosopher ».

Spilia, notre projet, souhaite aller au-delà. L’éveil de la réflexion par l’imagination, par la lecture de contes et par l’animation d’ateliers à partir d’œuvres d’art nous semblent essentiels pour compléter cette construction de la pensée.

Spilia s’appuie sur un partenariat ambitieux entre différentes structures établies dans plusieurs États membres. La mutualisation des compétences de nos partenaires nous permettra de déployer ensuite notre projet dans d’autres États membres.

Co-construire un projet par le partage des valeurs européennes et des compétences interculturelles doit être une priorité pour les citoyens européens.

La société se construit par nos actions et les enfants d’aujourd’hui seront les citoyens de demain. Les ateliers DVP nous préparent à l’exercice de la démocratie qui a besoin d’esprits lucides. Si nous prenons conscience que nous pouvons et devons être des acteurs lucides, en adéquation avec ce que nous sommes et capables de débattre d’un objectif commun, nous pouvons créer un changement pertinent et bénéfique pour la collectivité.

L’enjeu de Spilia est d’outiller et d’accompagner les enfants pour qu’ils s’émancipent et s’éveillent à la citoyenneté qui les amènera à devenir des acteurs éclairés dans l’espace public.