Atelier 1 : Qu’est-ce qu’une question philosophique?

Enjeux

Toutes les questions que posent les enfants ne sont pas philosophiques. Concernant l’Europe, un bon nombre d’entre elles risquent d’être factuelles et prétextes à des recherches via internet, des livres ou documents, manuels, atlas et autres.

Les questions philosophiques qui pourraient être posées concernent d’une manière générale chacun d’entre nous et tout le monde à la fois. Elles ne peuvent recevoir de réponse simple car elles posent problème et demandent réflexion.

Prenons par exemple la question : être libre, est-ce faire ce que l’on veut ?

Spontanément, on aurait tendance à répondre que oui parce que nous assimilons la liberté à une absence de contrainte.

Mais si nous réfléchissons plus loin, nous nous demanderons : à quoi ressemblerait une famille, un groupe, une salle de classe, une société où chacun ferait ce qu’il voudrait? Ne serait-ce pas le désordre, l’anarchie? Le risque n’est-il pas que chacun fasse ce qu’il veut au détriment de l’autre? Que de querelles, conflits et violences en perspective ! Est-ce cela la liberté?
Nous voici embarrassés : nous répondions « oui » précédemment et nous disons à présent « sûrement pas » !

Comment résoudre cette contradiction?
Est-ce qu’une société, régulée par des lois librement consenties, parce que justes, équitables, égales pour tous, ne nous assurerait pas une liberté plus grande qu’une société où chacun ferait ce qu’il voudrait, quitte à léser autrui ou à être lésé par lui? 

Cet exemple témoigne du fait que répondre à une question philosophique, c’est-à-dire philosopher, nécessite de prendre du recul par rapport aux idées toutes faites, aux préjugés, aux réponses spontanées, faciles et irréfléchies de l’opinion commune.

Compétence développée : Formuler

Formuler des questions philosophiques (problématiser) répond à de nombreuses compétences. En raison de son irréductible complexité, le monde pose problème et étonne. Plus que sous la forme d’une affirmation par nature réductrice, le mode interrogatif est mieux à même d’en rendre compte.

L’élève apprend à formuler son étonnement face à la complexité du monde sous forme de question(s) pouvant servir de base à une réflexion de type philosophique.

L’enseignant accompagne la formulation de l’étonnement de l’élève sous forme interrogative et veille au potentiel philosophique de la question qui en résulte.

  • Une question est philosophique si :
  • Elle est ouverte et non fermée (on n’y répond pas par oui ou non
  • Elle questionne le pourquoi, le sens, l’existence, les valeurs
  • Elle mobilise au moins un concept abstrait et vise l’universalité
  • Elle implique un engagement personnel
  • Elle interroge des idées préétablies ou des préjugés
  • Elle exige un raisonnement et une argumentation lors desquels des justifications sont nécessaires
  • Elle favorise la nuance et le contre-exemple

Au-delà de la pertinence d’interroger le monde, il est intéressant d’interroger les questions en elles-mêmes, leur pourquoi, leur valeur, leur objectif, pour permettre à l’enfant de donner du sens aux éléments qu’il interroge dans sa vie de tous les jours.